« J’essaye de construire quelque chose à partir de ce vide, de cette sensation d’impossible, en me servant de règles, de structures, de contraintes » Georges Perec

A Monseigneur le Dauphin
Je chante les héros dont Ésope est le père,
Troupe de qui l'histoire, encor que mensongère,
Contient des vérités qui servent de leçons.
Tout parle en mon ouvrage, et même les poissons:
Ce qu'ils disent s'adresse à tous tant que nous sommes;
Je me sers d'animaux pour instruire les hommes.
Illustre rejeton d'un prince aimé des cieux,
Sur qui le monde entier a maintenant les yeux,
Et qui faisant fléchir les plus superbes têtes,
Comptera désormais ses jours par ses conquêtes,
Quelque autre te dira d'une plus forte voix
Les faits de tes aïeux et les vertus des rois.
Je vais t'entretenir de moindres aventures,
Te tracer en ces vers de légères peintures;
Et si de t'agréer je n'emporte le prix,
J'aurai du moins l'honneur de l'avoir entrepris.

Jean de La Fontaine,
Préface au Livre Premier

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J’aime à me donner des contraintes qui poussent à donner forme au vide. Pour ce faire, je crée des expériences, des cellules de sens que je sais ne maîtriser qu’imparfaitement. Je suis même joyeux de constater qu’elles me dépassent. Maîtriser et perdre le contrôle, simultanément. Le format ou le nombre de couleurs peuvent suffire. Mais, cela peut être l’utilisation de matériaux trouvés in situ, à l’exclusion de tout autre. Ou également, l’astreinte volontaire à un travail en série. Ça a été le cas des deux cent quarante-quatre Fables de La Fontaine. Pendant plusieurs mois, je me suis plongé dans cette forêt touffue et pourtant si claire, cette langue si belle, ce concentré d’humanité. Sur de très petits formats sur papier de fort grammage, à l’acrylique, j’ai réalisé ce travail en 2004 à Paris, en Alsace et en Normandie.

Ce travail a été en partie exposé avec “ Le bestiaire d’Apollinaire ”
en 2006 au Musée des Beaux-Arts de Vannes-La Cohue.

Étienne Yver